A quelques mètres de la place de l’Europe, dans un 8ème désertique où les rues aux noms de capitales se confondent comme dans un jeu de société, Neva a pris avec assurance la place d’un restaurant italien aussi peu recommandable que peu fréquenté.
Tour d’Europe
Rue de Berne, comme un drapeau en berne, signe de défaite ou de deuil, il fallait qu’une assiette digne de ce nom attire la curiosité du chaland pour que ce trottoir désaffecté ne soit foulé par les pieds intrépides des gastronomes en herbe ! Et les fans des Septime, Saturne et consorts ne seront pas déçus du voyage. La salle, d’une blanche clarté le jour, est sous-éclairée le soir, ce qui apporte l’intimité qui pourrait manquer avec une grande salle dont le milieu est difficile à animer. L’accueil est simple, cordial, sans chichi, efficace, même si on sent le bouillonnement à chaque instant. La décoration est minimale, presqu’austère si ce n’était les lustres arts-déco héritées de Tre Voli, l’italien dégueu.
Attention, si vous êtes nombreux – et ce fut notre cas ce soir-là -, un menu identique à tous est imposé et il faut commander à l’avance. Une autre manière de désamorcer la panique due au succès ? Si tu veux jouer perso, passe ton chemin !
Toujours est-il que le Carpaccio de Daurade, figues du Gard et à la vinaigrette de cassis est conforme aux attentes : un bouquet de fraîcheur, frustrant parce que trop bref, un petit régal.
Le Cabillaud et Caviar d’Aubergines mi- fumé, façon Baba Ganoush entérine l’effet : subtil, évanescent, presqu’insaisissable avec la roquette qui demande son chemin.
Encore
Mais on a reste sur sa faim. Sous la baguette de Beatriz Gonzalez, jeune chef d’origine mexicaine – ancienne de Senderens et de la Grande Cascade – que l’on peut apercevoir régulièrement en salle devancer le service et de Yannick Tranchant, le pâtissier, il y a chez Neva une ambition et une motivation hors du commun que l’on ressent à chaque coup de fourchette. Tellement qu’on pourra néanmoins regretter le manque d’écueils, d’aspérités et de vivacité dans une partition parfois timorée.
Mais c’est un problème de riches tant on peut être sûr que le talent des deux associés sauront franchir les quelques pas qui les séparent encore de l’excellence.
Formule à 37 € (entrée plat dessert)
Neva Cuisine
2, rue de Berne 75008 Paris
Tél. 01 45 22 18 91
Avec mes remerciements à Louise pour les photos










Merci pour cette chronique.
Le Neva est effectivement un lieu à part depuis son ouverture. Brillant de passion. Un bol d’air gastronomique, d’autant plus à Paris.
Question générale: Comment choisissez-vous les restaurants dans lesquels vous mangez et surtout ceux que vous décidez de chroniquer?
Les mêmes restaurants sont commentés dans les divers blogs culinaires existants.
(Hormis le Neva pour le coup…bien heureux de le trouver ici).
Les médias et le IN ont-ils définitivement le monopole de la restauration? Les blogueurs/chroniqueurs peuvent-ils encore dénicher les fidèles chevaliers de la gastronomie ou doit-on se contenter d’un célèbre architecte, d’un boucher anglais ou d’un proclamé bistronome comme garanti par défaut?
En attendant de nouvelles adresses gourmandes, merci pour vos chroniques et l’investissement dans ces recherches et commentaires!
Voilà un bon moment que j’entends des louanges sur ce resto. Plus rien ne me retient désormais…
@Antho Merci pour votre commentaire rafraîchissant. L’avantage d’être blogger, c’est qu’on n’écrit pas pour vivre, donc on va où on veut quand on veut, contrairement aux critiques de médias traditionnels dont les pires sont souvent les plus jeunes, c’est-à-dire ceux qui ont besoin d’être copains avec ceux qui comptent pour exister.
En revanche, nous nous fréquentons entre bloggers par simple amitié et nous échangeons. Ensuite nous avons également affaire aux mêmes RP, c’est pourquoi une table sera souvent commentée simultanément sur de nombreux sites.
Neva est un bon exemple puisque j’avais moi-même réuni quelques plumes digitales, et nous avions sélectionné de façon collègiale la table et le menu commun. Vous savez tout !
@La Belette Bon appétit (il vaut mieux ne pas en avoir un gros) !