Mr Lung n’a pas l’apanage des jeux de mots douteux, la preuve : le Pré-verre, un nom qui fleure bon la cirrhose et le poème de comptoir. Mais si on se contentait de fréquenter les établissements qui ont un joli nom et une belle décoration, on finirait systématiquement ruiné chez un Costes tel que François Simon les adore, l’estomac gâté, le palais râpeux et l’intellect en berne.
Le Pré-verre n’est pas un restaurant, jetez les adjectifs “bistronomique” ou “gastronomique”, et conservez “antipathique” histoire de rimer. Ce n’est pas un restaurant, mais une épreuve. En effet, le service est d’une lenteur, d’un amateurisme et d’une suffisance rares, il vous faut attendre d’interminables minutes avant qu’un passant – ou était-ce un serveur ? -, daigne vous faire l’obole d’un verre, sous l’oeil totalement indifférent de Marc Delacourcelle, le frère en charge des vins, qui se tient pourtant à 2 mètres.
Omerta vinicole
Les vins, précisément. Ils valent le détour, il y a de très belles références, mais pour le conseil, ce sera Tintin, Milou et toute sa fine équipe de Moulinsart. Que dalle. Nada. Gratte-toi. Une épreuve, vous dis-je. Nonobstant, un petit blanc corse, agréable sans plus, parvient à notre table, après 20 minutes à faire reluire le siège.
Entrée virile ?
Le boudin blanc aux fèves et à la citronnelle est une déception : diffus, plat, à peine relevé par une citronnelle trop discrète, le contraire d’un puissant cochon, voire un manque d’énergie flagrant.
Fort heureusement, le cochon de lait fondant aux choux croquants et aux épices vient sauver son ainé parti en eau de boudin. Enfin, un peu d’animalité dans un monde d’épices parfois intéressant, mais frisant sans cesse le chichi, ou pire le gimmick. On a envie de dire à Philippe Delacourcelle, le frère aux fourneaux, que le systématique n’est pas forcément une marque de fabrique, mais une signe de paresse.
Plus original, enfin, le dessert – des fraises marinées au persil avec glace au persil – qui souffle avec légèreté les parfums boisés, la fraîcheur de l’eau et de cresson armée d’une discrète sucrosité qui augure doucement un printemps qui tarde à pointer le bourgeon.
Pur jus
Pour arroser le tout, notre choix s’est porté, non sur un vin corse dont la maison fait sa spécialité – mais sur une Côte du Rhône qui allie puissance et rondeur, équilibrant les accents aromatiques des plats. Peu concluant lorsque les épices de Philippe Delacourcelle surjoue la finesse, mais tout à fait complémentaire avec les cochons de lait ou les joues de boeuf proposés ce jour-là.
Il est fort malheureux que le service en général vienne ainsi plomber ce qui aurait pu être une belle expérience. Il y a de l’arrogance dans ce comportement mi-ours, mi-nonchalant et il n’est pas compatible avec le bien-être de la clientèle. Dommage.
Le Pré-Verre
19 Rue du Sommerard 75005 Paris
Tél. 01 43 54 59 47
Site Internet : http://www.lepreverre.com/












wow!!! t’étais déchaîné le jour où t’as écris ça!
comme quoi il ne fait pas bon ignorer leMr Lung attablé…
j’y suis jamais allée (trop loin), mais on me l’avait recommandé pour ses bouteilles triées sur le volet.
je crois que je vais rester sur mon verre volé, ou même au bout de ma rue, sur une Albion même pas perfide :p
Déchaîné, mais non, ils abusent vraiment dans la désorganisation !
Bonjour,
resto reservé avant de lire votre post, j’étais un peu inquiète en débarquant hier soir. Contrairement à ce que vous avez vécu, l’accueil a été efficace et souriant et le service rapide et aimable. Nous avons adoré nos plats (notamment une salade de tomates ananas à la glace à la moutarde) et avons passé un très bon moment. Pour ce qui est de la gastronomie, on ne va pas souvent au resto donc on a été amplement comblés et ravis et surpris. On retentera une autre fois, quitte à ce que cela se passe moins bien!
La réputation du service du Pré-Verre n’est plus à faire, mais je ne peux que m’en féliciter si vous avez subi un sort plus clément !