New Heights, Shanghai

The Bund, c’est la baie mythique de Shanghai, celle de toutes les cartes postales avec comme ligne de mire l’Oriental Pearl Tower, haute de 380m, aussi n’est-il pas étonnant que les hôtels et restaurants les plus huppées s’amassent littéralement autour, comme à Hong Kong, à ce détail près qu’on donne sur un fleuve, le Huangpu. Décoration dernier cri et Dj’s pour soirées à thème, tous les poncifs des nuits cosmopolites sont récités dans la partition bien réglée de New Heights.
En ce mercredi d’octobre, une clientèle éclectique mais presque’exclusivement caucasienne s’attroupe autour de la vue magnifique, et on entend ça et là beaucoup de francophones un peu perdus dans une ville où la barrière de la langue se fait ressentir d’autant plus que l’anglais, généralement pratiqué dans ce genre de mégapole, est rare, voire précieux. Mais la sauce prend mal. Malgré un service qui a envie de bien faire, une ambiance tamisée mettant en valeur l’une des plus belles vues de la baie, il règne au New Heights comme un désoeuvrement larvé d’où perce un ennui profond dans cette population aussi dorée qu’expatriée.

La carte n’y est pas pour grand chose, elle aussi, elle anonne tant bien que mal son lot de fusionneries convenues : un tataki par-ci, un plat de pâtes par-là, une chinoiserie dessus, une toubaberie dessous. En entrée, je testai le tataki de thon avec sa mousse d’avocats sur un rond de radis blanc. Difficile de dire que c’est mauvais, mais de là à s’en battre la cuisse, il y a tout de même quelques heures de vol. Une partie anodine du thon, un pseudo-guacamole toujours un peu cheap, on n’éructe pas sa satisfaction. De même, le filet de bar mariné qui suit trouve facilement la voie, mais se fait tout sauf inoubliable. La cuisson est bonne cependant, mais l’absence d’inspiration est là, pregnante et insidieuse. Quant à la boisson, là on se bute vraiment aux limitations géographiques : beaucoup d’australien, un peu de sud-africain, mon chardonnay est caricaturale comme une place du Tertre de weekend et glisse doucement vers le parvis de Beaubourg.
La morale de l’histoire est assez simple finalement : à la jouer trop facile, on s’ennuie et le monde s’ennuie avec. A l’image de ce jeune homme que j’ai pu observer sur la terrasse pendant tout le dîner, seul avec sa bière, se tenant mal et profitant autant que possible de la clémence météorologique automnale, la proposition de New Heights ressemble à une soirée solitaire avec beaucoup de gens autour.
Faut-il y aller ? Si vous êtes occidental, que vous ne connaissez pas Shanghai et souhaitez dîner en profitant d’une vue unique, il faut entendu le tester, lui ou un de ses voisins, mais c’est pour le plaisir des yeux. Autrement, il y a des dizaines d’adresses bien plus typiques que les petits blancs ignorent, et ils vous donneront en outre de ne pas être dans n’importe quelle grande ville du monde.
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The Bund is the ultimate postcard from Shanghai. New Heights is the kind of rooftop restaurant from which your eyes can grab one of the most beautiful view on Shanghai the river Huangpu. Famous Dj’s and trendy decoration, everything is set up to make it the perfect place for a cosmopolitan night in town.
On that wednesday, a very various crowd, although mostly caucasian including many French people, gathers around the terrace to enjoy the wonderful view, but something in the atmosphere feels wrong. Can’t blame the service, it’s far from perfect but they’re trying hard. Can’t blame the design, it’s cosy and comfortable. The view remains the view. People are bored. Their money won’t help it, it’s not going to be a hell of a party.
As for the food, it won’t help either. The fusion food including Japanese, French and Italian inspirations is quite exactly what one could expect from this kind of place, without the beginning of a surprise. I can’t even say that the tuna tataki with guacamole and white radish was anything bad. But the piece of tuna was not the best and the guacamole a cheap gimmick only an uninspired anglo-saxon chef would dare, so the whole things is hardly worth remembering. The cooking of the marinated white bass that followed was all mastered, so the meat went easily down, but once again, the absence of magic made it anonymous. And as for the wine, geography didn’t help either with many highly drinkable but unsubtle grotesque new world wines. My Chardonnay tasted more like a passion fruit juice with rocks meant for the stone wash in it for the mineral bouquet.
The conclusion of that meal is actually quite simple. If you always do what you’re expected to do, then your life is boring. And people around you are bored. Even if you do it perfectly. There was a guy dining alone on the terrace with the manners of an Australien yokel, and his image is still incrusted in my mind. He was bored and lonely in a crowded place. That’s the feeling of New Heights.
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