Nero Enoteca, restaurant italien et bar à vins à Paris

Je me suis tâté un moment avant de savoir si je le classifiais dans la catégorie “cantine” ou dans une recommandation possible pour un dîner digne de ce nom. En fait, Nero se révèle toujours inclassable à mes yeux car la bonne franquette y côtoie la sophistication des vins sélectionnés par Sylvia Faeza, ancienne sommelière du Mori Venise Bar, tandis que la qualité des mets proposés oscille entre le bon et l’irrégulier.
Avec un emplacement idéal rue de Bachaumont, au coeur du quartier Montorgueil – et donc dans une rue piétonne -, l’apparition de ce restaurant aux allures atypiques n’avait pas manqué de susciter ma curiosité. En effet, de la rue, on voit de prime abord un bar à vins avec des murs recelant des myriades de vins, puis on distingue un comptoir et surtout une table d’hôtes en hauteur. Un simple coup d’oeil et le voyage immobile huysmanssien bat déjà son plein : on se figure attablé dégustant un vin gorgé de soleil devant une assiette de jambon de parme à 24 mois… Vous avez dit packaging ? Vous le pouvez car l’écrin est superbe, mais qu’en est-il de la substance ?

Là, j’en reviens à mes réflexions initiales, en trois tentatives je n’ai su me faire une opinion définitivement négative ou positive. L’accueil et la convivialité du lieu n’est pas à remettre en question car le personnel est affable, la clientèle sympathique et la terrasse en été est une vraie réussite. Je n’ai jamais été un grand adepte de Little Italy situé à 50m de là, mais là j’en viens à l’ignorer définitivement. Même bondé, on est certain de s’entendre parler. Assurément, Nero se positionne un cran au-dessus de la cantine bruyante et à l’assiette expéditive de la rue Montorgueil. Mais là, ô surprise, on s’aperçoit que ce sont les mêmes propriétaires, les frères Rebuzzi ! Qui a dit segmentation du marché ?
Chose promise, chose dûe : la carte des vins a une place prépondérante dans l’offre. Fort heureusement, le conseil, s’il n’est pas fait par Sylvia Faeza elle-même (jamais vue en autant de visites), est plutôt avisé et je me suis retrouvé régulièrement à goûter des vins au verre absolument inconnus. Etaient-ils bons ? Du moins correspondaient-ils ma requête, mais point de révélation bouleversante, pas de coup de foudre. Faute d’être déçu car rien ne s’avère mauvais, il y a beaucoup de raisins et peu d’idées. Une étrange impression.
Côté assiette, c’est pareil. Ce n’est pas ici que le buisson ardent de la gastronomie italienne se révèlera à vos yeux. La dernière fois, j’ai testé les raviolis à la truffe noire. De facture correcte si on les compare à ceux qu’on peut trouver chez un traiteur, les éclats de truffe sont exagérément mis en valeur par une huile arômatisée qui fausse le plat. Il eût mieux valu risquer le râtage plutôt que de chercher à colmater les brêches de manière aussi peu habile. La texture est un peu sèche mais l’ensemble a tout de même le mérite de s’accommoder au vin proposé, un rouge tannique, ensoleillé mais avec suffisamment de souplesse et de rondeur pour ne pas assomer le débat. Par ailleurs, j’ai aussi vu passé des assiettes contenant des tomates cerise et des boules de mozzarella. Ma crainte étant qu’on nomme “tomate mozzarella” ce plat dont le contenu me semble tout droit sortir du Franprix.
Alors, faut-il y aller ? A ce prix – c’est-à-dire un plat accompagné d’un ou deux verres de vin pour 25 à 30€ -, oui pour l’endroit, la terrasse en été, pour grignoter quelques mignardises entre amis, pour éviter Little Italy… Non, si vous avez envie d’un vrai bon repas avec les produits d’excellence que promettent l’emballage car c’est tout de même du Little Italy. En pub, on dirait que le produit est “over-promising”. En termes culinaires, on dirait “mouais”.
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Nero Enoteca, Restaurant and wine bar in Paris
It took me a while to define whether I’d put Nero Enoteca in the canteen category or in that of a regular good dinner place. In fact, it is still hard to decide for me now because the casual cool walks side by side with some sophistication while the food swings between good and irregular.
Ideally located rue de Bachaumont in the trendy predestrian Montorgueil area, the looks of that restaurant immediately stroke my attention. From the street, the passer-by first notices rows of wine, like in a wine bar, then a small counter and a high table. A single glance and the journey begins with a glass of wine that brings sun to the palate and 24 month refined parma ham… Who said packaging? Indeed, the shrine is superb, but what about the content?
Three meals later, I still can’t decide if I like it or not. The welcome is warm, the personnel is nice enough, the crowd is as cool as the surroundings and the terrass in summer is a bliss. Nero is hardly 50 meters away from Little Italy, a very casual pasta restaurant I tend to dislike for the noise, but, to my surprise, Nero is actually ran by the same Rebuzzi brothers. Package, market segmentation…these guys know how to make business!
As promised, the winelist selected by Sylvia Faeza, the former sommelier of Mori Venise bar, is huge (about 200 references). Hopefully, the waiters’advises turn out very helpful and I got to taste many wine I otherwise would have turned down. Were they good? At least they fulfilled my requests in terms of construction but there was hardly any surprise nor love at first sight. No matter the price, I was never disappointed nor flabbergasted.
Same impressions when it comes to the food, if you’re looking for grace, get back to the church. Last time I had raviolis with black truffle that were decent enough compared to the shop but overloading the truffle oil was a huge mistake and made me feel had. Cheap cheat. The whole thing felt a bit dry but got along well enough with the sunny tannic wine. I otherwise noticed a dish served with cocktail tomatoes and the kind of mozzarella balls available in supermarkets. I only hope they don’t call it Tomato and Mozzarella…
So is it worth it in the end? For 25/30€ by person including a single dish and a glass of wine or two, it is well-spent money if: you’re on the terrass in summer, snacking with friends around some wine, you really don’t want to go to Little Italy… But if you want a real good meal with fine ingredients, it’s a no go… because it’s still Little Italy somehow! In communication, people would qualify the place as “over-promising”. In gastronomy, people would simply say “so so”.
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Nero Enoteca
3 rue Bachaumont
75002 Paris
Tél. : 01 42 21 02 63
Tags Technorati : restaurant, Paris, Nero Enoteca, Rebuzzi, Sylvia Faeza
5 Commentaires
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“Mouais”, en effet.
Perso, même quand je grignote des mignardises entre amis, j’aime qu’elles tiennent leurs promesses, peu importe le prix. Donc merci pour ce post, malgré l’endroit qui semble vraiment sympa, quand je passerai vers Montorgueil, de toute évidence je passerai ma route.
Honnêtement, je crois que si l’on veut manger autres chose que les rideaux, tout le quartier Montorgueil est à éviter non ?
Je crois que avec l’euro, sans vouloir faire l’ancêtre râleur, nous avons un peu perdu la notion des prix (because l’écart psychologique, perso, un top à 400 f, j’hésitais fortement, aujourd’hui un top à 60 euros chez Zara en plus, c’est normal…). Bref, 200 f pour un plat et un ver de vin, ça nous aurait paru très cher payé et limite abusé pour de la cuisine de trattoria italienne.
@July
Je vois que tu partages mon scepticisme. Mais l’endroit est agréable, et à force de trainer dans le coin, j’ai retenté plusieurs fois le diable !
@Emma
Le quartier devient trop prisé, il est vrai. Mais j’apprécie encore les Crus de Bourgogne au rayon classique-ultracostaud, mon petit Thai de la rue Tiquetonne qui pratique des prix doux et le japonais Azuka (actuellement en travaux) qui a su préserver une bonne qualité malgré le décès du chef sushi. Il suffit, je crois, d’éviter le bling des endroits qui font plus de déco que de food. Ah les poseurs… Mais bon, si tu veux vraiment des rideaux en lieu et place
Il est bon le thai de la rue Tiquetonne ? Parce que j’avais trouvé Pattaya un peu surfait, avec un accueil discutable, enfin toujours plus agréable que celui du Krung Thep…
En resto classique français (une catégorie que je ne connais pas, je suis Corse je n’ai pas d’attaches ni d’attirance pour la cuisine tradi française) on m’avait conseillé la Grappe rue Montorgueil, je ne sais pas si tu connais.
mais c’est vrais que si l’on peut avoir l’assiette et les rideaux, genre le Silk & Spice avec une assiette à la hauteur du décor, ça ne gâcherait rien
Le petit thai (http://www.mrlung.com/2008/05/15/restaurant_thai_vieng_siam_paris/) est honnête : pas cher et tout à fait comestible… à l’opposé de Silk & Spice ou Pattaya justement ! Mon préféré demeure Krung Thep.
Je ne connais malheureusement pas la grappe, je ne vois même pas où c’est ! J’essaierai de le répérer la prochaine fois…
Mais je crois qu’il est difficile de concilier design, people et food à Paris !